Nouvelles de l'école de Grand-Fond : extrait du rapport de l'année scolaire 2018-2019.

Nous avons commencé l'année scolaire avec 115 élèves et l'avons terminée avec 134 enfants. 95 % d'entre eux ont réussi les examens de fin d'année avec succès.

Pendant le mois d'août, nous avons réalisé un camp d'été 3 jours par semaine pour permettre aux enfants de rester en contact avec l'école, d'approfondir leurs connaissances et de jouer ensemble avec les jeux achetés grâce à Terres Nouvelles. Nous y avons également invité les enfants de la zone qui ne fréquentent pas l'école habituellement afin de les y familiariser et d'y sensibiliser leurs parents.

Les professeurs ont quant à eux participé à des formations organisées à leur intention particulière par l'inspection scolaire.

Les travaux de construction du mur d'enceinte de l'école continuent et sont en bonne voie d'achèvement.





Terres Nouvelles et Grand Fond : Deux destins liés

Suite à la visite d'une délégation (composée de Suzanne Fassin, Tita Bartholomé et Catherine Lemaire) de Terres Nouvelles en 2012, un ensemble d'actions appelé Projet d'appui à l'école de Grand Fond (Commune de Saint-Marc, Haïti) a été créé afin de répondre à des besoins croissants des habitants, liés à la montée du chômage et à l'accroissement de la pauvreté.

Dès le départ, les trois visiteuses ont constaté -ce qui a été confirmé par les personnes réunies et le CIDeCS que les problèmes vécus par les familles s'accompagnaient de difficultés liées à l'éducation de leurs enfants. C'est donc très tôt dans son histoire que le Projet a développé une expertise dans ce champ d'intervention. À partir de l'apprentissage classique des notions de lecture, d'écriture, de calcul et plus tard des études de grammaire française et créole, de géographie, d'histoire etc., le Projet fait la promotion du savoir créateur comme source de fierté et de valorisation. Le Projet, comme nous allons le voir, contribue à favoriser l'insertion sociale de personnes vivant avec des problèmes d'exclusion sociale comme c'est le cas des habitants de Grand Fond.

Dans un environnement chaleureux et sécurisant, le Projet et Terres Nouvelles font cheminer chaque année des dizaines de personnes de divers âges de l'enfance à l'univers des lumières et du pain de l'instruction.


L'appui en subvention apporté par Terres Nouvelles et exécuté par le CIDECS a permis de faciliter la scolarité de plus de 300 enfants depuis environ trois ans. En effet, l'établissement CEBUS, qui était sur le point de fermer, a pu rouvrir ses portes en garantissant le paiement des salaires des professeurs et en diminuant le coût de l'écolage. Une cantine scolaire est sur le point d'être lancée dans le même établissement -toujours grâce à l'intervention de Terres Nouvelles qui a déjà financé la construction d'un dépôt-cuisine conformément aux règles et contraintes du Ministère de l'Education Nationale (MENFP) ainsi que l'achat des matériels de cuisine et des couverts.

De ce qui ressort des conversations et des échanges d'autres types avec les membres de Terres Nouvelles, il est facile de déduire la philosophie de l'organisation. Il s'agit de permettre aux gens de Grand Fond de :

− Agir eux-mêmes avec leurs mains afin de contribuer à leur subsistance et au maintien de leur santé ;

− Développer un réseau de support afin d'affronter les difficultés de la vie quotidienne et constituer une ressource alternative en terme de recours à un éventuel désengagement extérieur (Terres Nouvelles).

A partir de ces idées charnières, Terres Nouvelles et le CIDeCS ne manquent pas d'idées et pourraient envisager de recréer à Grand Fond un milieu de travail où les personnes vivant avec la détresse matérielle et psychologique (les parents des enfants qui fréquentent l'école) pourront parcourir, à leur rythme, le chemin sinueux menant à leur autonomie et leur prise en charge et subvenir ainsi aux besoins de leurs familles et donc à l'écolage de leurs enfants.

Par exemple, en soutien à l'école, un petit atelier équipé de deux machines à coudre mécaniques pourrait favoriser la création artisanale dans la discipline de la couture, notamment dans la spécialité liée à la confection d'uniformes pour les élèves. Egalement la vente et l'exposition d'objets artisanaux de très bonne qualité seraient sources de fierté et de valorisation.

Des structures éventuelles de MUSO (Mutuelles de Solidarité) pourraient être mises en place car l'important aussi est de propulser l'autonomisation des femmes (mères des enfants fréquentant l'école) grâce à l'accès au crédit et la gestion individuelle et collective d'activités économiques qui leur permettent de subvenir aux besoins des petits, particulièrement dans l'éducation. Les pères de famille concernés par l'école seraient également pris en compte par un encadrement et un soutien au niveau de leur métier d'éleveurs et d'agriculteurs, leur permettant ainsi une meilleure sécurité alimentaire et des moyens d'existence (intrants, outillage, formation, etc.).

Misant sur les bienfaits de l'intégration à un groupe, le Projet et ses promoteurs (Terres Nouvelles et CIDeCS) espèrent favoriser le partage et l'échange tant par les activités d'écolage et de formation que par les activités connexes comme les activités de crédit. Cet encadrement faciliterait en quelque sorte l'amélioration des relations sociales. Et pourquoi pas, comme le suggère Denis, un des membres du CA, venir au secours des garçons et des filles qui, au terme de leur cycle primaire, sont privés de moyens pour passer aux cycles supérieurs faute d'écoles dans la zone et de moyens financiers et autres ? Leur entrée à une école technique garantirait à coup sûr leur conversion avérée au marché du travail et les prémunirait ainsi des tentations de la délinquance et de tant d'autres vices.

Il est indéniable que Terres Nouvelles et le Projet qu'elle soutient à Grand Fond constituent une alternative pertinente et viable et que les composantes qui vont s'y ajouter vont permettre aux habitants de mieux répondre à leurs besoins, de retrouver leur dignité, de retrouver la confiance et l'estime de soi, de reprendre en main l'organisation de leur vie, d'améliorer leurs relations interpersonnelles. Voilà pourquoi les divers acteurs de la petite communauté rurale haïtienne se sentent si fiers et satisfaits de cette organisation liégeoise !

Harold Errié.

Comme vous pouvez le constater à la lecture de cet article, les projets et le travail pour les mettre en chantier ne manquent pas et demandent temps, réflexion et...finances !Nous sommes cependant contents de constater l'avancement du projet et de pouvoir compter sur la collaboration positive des parents de l'école, des professeurs, des responsables de l'Eglise Baptiste (qui a créé l'école il y a de nombreuses années) ainsi que de Gabuitho Dérival, notre coordinateur sur place..Grâce à votre soutien, nous avons pu envoyer l'argent nécessaire à l'achat du matériel de base durable pour la cantine : vaisselle, casseroles, couverts etc... ainsi que des fournitures scolaires.

Notre coordinateur de projet à Saint-Marc pour l'école de Grand Fond nous a écrit début septembre : (ndlr : soyez indulgents : Gabuitho Dérival s'exprime d'habitude en créole...il a fait l'effort de nous écrire en français, ce qui n'est pas facile pour lui)

« La rentrée officielle en Haïti est prévue pour le trois septembre prochain, mais pour certaines zones c'est le 10. Pour Granfond nous débutons le 10 septembre. En ce qui a trait à la clôture on essaie encore de servir avec les moyens du bord mais ce n'est pas satisfaisant pour le devis ce n'est pas encore prêt parce que c'est quelque chose que je dois faire conjointement avec les responsables de CEBUS car la propriété est grande, j'ai proposé de sécuriser surtout la partie où sont logés les bâtiments de l'école et la cour de récréation. Je vais accélérer pour avoir le devis dans le meilleur délai possible. Pour le personnel de l'école, jusqu'à présent nous pouvons dire que tout le monde reste à sa place car dans notre dernière rencontre j'ai demandé aux professeurs s'ils seront tous là en 2018-2019 ; ils m'ont répondu positivement. Nous continuons à penser et à agir pour la formation des profs et pour l'inspecteur, nous gardons contact avec lui mais c'est toujours difficile pour les visites. Au cours de l'année dernière le directeur (Emmatel) a participé à trois séances de formation organisées par le district scolaire pour les directeurs d'école de la zone et à deux reprises des profs de l'école ont pris part à des séances de formations au BDS (Bureau du district scolaire) de St-Marc. Pour les rapports je vais m'arranger pour que ce soit mensuel et accompagner des photos de circonstance. Pour la cantine j'ai fait un plan. »

Donc, notre action du mois sera de permettre l'achat des fournitures durables et de base pour la mise en route de notre cantine.

A savoir : grandes casseroles (appelées chaudières), grandes louches et cuillères pour les grandes casseroles, couteaux de cuisine, bassines, marmites (qui sont en fait des contenants servant de mesureurs à défaut de balances), un réchaud et son combustible, des droums ( grands tonneaux hermétiques servant à la conservation des réserves alimentaires telles que riz, maïs etc...), 160 kits de vaisselle comprenant une cuillère, un bol et un gobelet.


Nous comptons bien sûr sur vous pour nous permettre de réunir la somme nécessaire qui permettra, dans un premier temps, à préparer un petit déjeuner à chaque élève et professeur, et plus tard, nous l'espérons, à leur cuisiner un repas chaud.

La Fête des Morts pour les Haïtiens

Chez le peuple haïtien, la fête des Morts prend place lors des deux premiers jours du mois de novembre et leurs célébrations dépendent souvent de l'affiliation religieuse. Le 1er novembre est consacré à la Toussaint, traditionnelle fête catholique consacrée à la vénération des différents saints au sein de l'Église Catholique. Au cours de cette première journée, les Haïtiens en profitent pour rendre un hommage à leurs proches décédés en allant faire une visite au cimetière. Là-bas, on ira faire un entretien des pierres tombales des défunts puis on allumera une bougie qui viendra accompagner les prières de chacun. Par la suite, nous avons le droit à un moment plus festif en l'organisation d'une fête en l'honneur des morts où les gens pourront manger et chanter.

Nous avons ensuite le 2 novembre, la Commémoration des fidèles défunts ou bien encore la fête des Guédés. Cette journée a une importance particulière pour les Haïtiens aux convictions religieuses du genre vaudou. D'une manière semblable aux catholiques, les pratiquants du vaudou vont rendre hommage aux défunts en organisant des cérémonies au nom des esprits de la mort, les Guédés. Par la suite, l'ambiance devient alors beaucoup plus vivante avec de la musique et de la danse. Le son des tambours est joué de manière percutante alors que les personnes dansent avec beaucoup d'énergie (on observe d'ailleurs quelques gestes à connotation érotique). Comme boisson traditionnelle, les pratiquants se désaltèrent avec une bouteille d'alcool possédant une importante dose de piments forts. Comme nous pouvons le voir, la fête des Morts peut avoir plusieurs types de célébrations.

https://www.paalmtl.org

20 km de Bruxelles :

Le 27 mai, des milliers de sportifs se sont élancés pour courir aux 20 kms de Bruxelles. 7 coureurs ont décidé d'y participer au profit de TERRES NOUVELLES.

En tant que coureurs Solidaires plus tôt que Solitaires, très sensibles aux difficultés rencontrées par les enfants en Haïti , persuadés que l'éducation est la base du développement et portés par le soutien de leurs « sponsors », ils se sont donnés à fond pour soutenir la mise en route de la cantine de la petite école rurale de Grand Fond, sur les hauteurs de Saint Marc.

Chacun de leur pas, chaque goutte de leur sueur ont permis d'arrondir la cagnotte!

Cette belle iniative a rapporté 658 €...de quoi commencer à acheter le matériel de base pour la cuisine : couteaux, casseroles, bassines et autres ustensiles!

Un tout grand merci à eux ainsi qu'à leurs parrains et marraines!

Notre repas du 28 avril

Terres Nouvelles et l'ASBL PAPA ont concentré toute leur énergie pour organiser ces retrouvailles. C'est dans la grande salle du Casino à Visé que nous avons pu accueillir 150 personnes qui ont apprécié le repas proposé , agrémenté de bananes pesées. Et pour couronner le tout, une glace en guise de dessert !

Toute l'équipe a fait preuve d'une grande motivation!

Notre tombola a eu beaucoup de succès auprès des invités qui sont tous repartis avec des cadeaux.

Très heureux de cette réussite, nous remercions chaleureusement toutes les personnes qui nous ont soutenus dans notre démarche. Grâce à vous, nous pourrons poursuivre les projets qui
nous tiennent à coeur !

Nouvelles de l'école de Grand Fond

Extraits du rapport reçu en avril de notre coordinateur, Gabuitho Dérival

La période de février et mars est une période où les enfants sont plus réguliers à l'école; plusieurs raisons expliquent cela; premièrement, c'est une période de sécheresse; les déplacements sont donc plus faciles aussi bien pour les élèves que pour les professeurs; deuxièmement, les parents prennent maintenant plus au sérieux le rôle de l'école, mais c'est une période qui est très dure pour Grand Fond et le paysage le montre. En Haïti, on appelle cette période KALMI, ce qui signifie période où tout le monde manque de tout. La situation déjà très vulnérable de Grand Fond est encore plus précaire.

Lors des visites que nous avons faites, nous avons pu constater que les élèves étaient présents ; cependant, parfois, l'école qui commence à 8 h pour se terminer à 13 h se terminait à midi parce que les élèves étaient affaiblis, se plaignaient de la faim ...le directeur a donc pris cette décision parce que l'attention des élèves était relâchée dans certaines classes ou dans toute l'école.

...Nous avons eu des réunions avec les professeurs, les responsables de l'église, le CIDeCS et un grand nombre de parents sur les sujets suivants : - la cantine : nous avons discuté sur les recherches et les démarches à effectuer auprès des instances susceptibles de supporter cette activité, et également de ce qui était disponible.

- la sécurité : nous avons discuté de plusieurs moyens de placer une clôture et avons pris la décision de demander plusieurs devis.

-stratégie pour augmenter l'effectif de l'école, car il y a encore beaucoup d'enfants de la zone qui ne sont pas scolarisés ; nous avons discuté sur les moyens à mettre en place pendant les vacances pour motiver les parents.

Nous avons rencontré l'inspecteur de la zone pour lui exposer la situation de l'école ; il promet toujours de la visiter mais ne l'a pas fait jusqu'à présent. Il invite les professeurs à participer à une formation le 13 mai ; il doit me recontacter pour me signaler quels sont les enseignants qui pourraient y participer.

Comme vous pouvez le constater, la situation est très difficile pour tous les habitants de cette zone.

Les progrès nous semblent parfois lents, mais nous sommes contents de voir l'implication de plus en plus importante des parents de l'école, des enseignants et des instances de la zone. Nous nous devons de prendre le temps de responsabiliser un maximum toutes ces personnes, conditions nécessaires à l'autonomie future du projet.



Haïti : De la colonisation à l'esclavage économique

Suite...


Saisissant l'occasion, un collectif de militants baptisé Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés (Crime) lance en juillet 2010 un canular et annonce sur un faux site du ministère français des affaires étrangères l'intention de la France de restituer aux Haïtiens le 14 juillet les sommes indûment perçues. L'affaire relance le débat au cœur de l'actualité.

Malgré une lettre ouverte au président français Nicolas Sarkozy , dans laquelle plus de 90 écrivains, universitaires de renom et autres personnalités mondialement connues demandent publiquement au gouvernement français de restituer les 90 millions de francs or extorqués, la France se refuse toujours de restituer la dette historique de son indépendance à Haïti. La France a pourtant une lourde responsabilité dans les affaires haïtiennes et en particulier dans l'état de pauvreté dans lequel se démène sa population. Par exemple lorsqu'elle accorde refuge à l'exdictateur Jean Claude Duvalier, exilé sur la côte d'Azur en France après 29 ans de dictature de père en fils, avec une fortune de 900 millions de dollars volée dans les caisses de l'État haïtien, soit une somme alors supérieure à la dette externe du pays. Après 25 ans d'exil en France, impliqué dans le trafic de drogues et accusé de « crimes contre l'humanité », il finira ses jours en 2014 sans avoir pu être jugé.

L'aberration de "dette morale" de Hollande

Ce n'est sans doute pas dû au hasard s'il aura fallu attendre plus de deux siècles depuis l'indépendance de l'île pour voir le premier voyage - officiel cette fois - d'un chef d'État français s'effectuer en Haïti. La visite du président François Hollande le 12 mai 2015 a été accueilli par des manifestants réclamant « réparation » et « restitution » par la France de la somme versée par Haïti pour son indépendance. Certains brandissaient des pancartes sur lesquelles était notamment inscrit : « Hollande, l'argent oui, la morale non », en référence au discours prononcé quelques jours plus tôt par le chef d'État en visite à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le 10 mai. Lors de son discours d'inauguration du Mémorial ACTe consacré à l'esclavage, suscitant beaucoup d'espoirs en Haïti, celui-ci avait affirmé : « Quand je viendrai en Haïti [le 12 mai], j'acquitterai à mon tour la dette que nous avons. » Mais, en réalité, Hollande voulait parler de « dette morale » et non de restitution des milliards d'euros qu'Haïti a versé à la France. Ne craignant aucune « immoralité », la France reste ferme sur son refus d'une indemnisation financière. Comme le dit Louis-Georges Tin, auteur de l'ouvrage Esclavage et réparations, comment faire face aux crimes de l'histoire (Stock, 2013) : « La repentance est une question morale ou religieuse ; la réparation est un problème économique et politique ».

Or, écrit le principal quotidien de l'île, Le Nouvelliste, dans son éditorial, « ... cette dette morale, jamais Haïti n'en a demandé réparation. Elle est irréparable, nous en convenons. Nous la laissons comme une tache sur le blason des civilisés. » et plus loin, poursuit : « ...la France a aussi une dette financière vis-à-vis d'Haïti. Cette dette est un cas unique dans l'histoire. C'est la seule fois où les vainqueurs ont payé tribut aux vaincus. Cette indemnité de 150 millions de francs-or, payée pendant tout le XIXe siècle, a entravé l'économie haïtienne, étranglé notre développement et hypothèque encore l'évolution de notre pays. »

Le cadeau empoisonné de Monsanto

C'est au Forum mondial de Davos, en janvier 2010, peu après le séisme, que le patron de Monsanto Hugh Grant, et le vice-président Jerry Steiner, ont eu l'idée de donner des semences pour un montant de 4 millions de dollars (3,3 millions d'euros). Peut-être, avaient-ils été aidés dans leur démarche par Michael R. Taylor, vice-président pour les politiques publiques à Monsanto, qui a été propulsé au lendemain du séisme en Haïti commissaire député à la Food and Drug Administration (FDA) ou encore par l'ancienne dirigeante de Monsanto, Linda Fischer, qui a été nommée directrice adjointe de l'agence de protection de l'environnement (EPA) en 2003 ? Quoi qu'il en soit, quand Monsanto, la firme connue pour avoir répandu son agent orange au Vietnam, fait don à Haïti de 475 tonnes de semences hybrides (stériles) de maïs, non transgéniques mais dont les paysans ne peuvent pas utiliser la récolte comme semence, plus de 10 000 paysans haïtiens manifestent le 4 juin 2010. Ils sont en colère contre leur gouvernement à qui ils reprochent de distribuer un véritable « cadeau empoisonné » qui constitue une menace pour les variétés locales. Ce projet contesté de Monsanto est mis en place dans le cadre du projet Winner , supervisé par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), et dont le directeur des opérations en Haïti serait M. Jean-Robert Estimé, ex-ministre des affaires étrangères durant la brutale dictature de Jean-Claude Duvalier.

L'obligation d'utiliser des engrais et des produits phytosanitaires pour les cultiver, et celle de racheter les semences chaque année constitue une réelle menace contre la souveraineté alimentaire en Haïti. La mobilisation s'est amplifiée après la publication sur le site du Huffington Post, d'un article de Ronnie Cummins, de l'association des consommateurs de produits biologiques qui dénonçait les « pilules empoisonnées visant à refaire d'Haïti une colonie d'esclaves, non plus de la France, mais de Monsanto et des multinationales de l'agrobusiness »

Ingérence et violation de la souveraineté alimentaire

Haïti qui était autosuffisante dans les années 1980, est devenu l'un des tout premiers clients du riz étasunien. Les riziculteurs haïtiens ont été ruinés dans les années 1980 par les importations de riz étasunien subventionné qui a envahi le marché et est entré en concurrence directe avec la production locale. Après le démantèlement des protections
douanières imposées par les organismes internationaux, les tarifs douaniers sur le riz passent de 35 % à 3 %. Dans la même veine, les cuisses de poulet en provenance des États-Unis qui sortent congelées des containers, entrent directement en concurrence avec les volailles élevées sur place.

En plus d'une dette écologique, due à l'utilisation intensive des pesticides qui polluent les sols et contaminent les agriculteurs, les États-unis et ses grandes entreprises sont redevables d'une dette d'ingérence qui a causé une perte de souveraineté alimentaire, fatale pour la survie de la population. Monsanto doit reconnaître les dommages causés, réparer et indemniser les paysans. Haïti n'est pas endettée, elle est créancière.

15 septembre 2017 Jérôme DUVAL


Un peu de chaleur par ce temps glacial...un poème d'amour aux bonnes saveurs de cuisine haïtienne...

Marabout de mon cœur

Marabout de mon cœur aux seins de mandarine,
tu m'es plus savoureuse que crabe en aubergine.
Tu es un afiba dedans mon calalou,
le doumboueil de mon pois, mon thé de z'herbe à clou.

Tu es le bœuf salé dont mon cœur est la douane.
L'acassan au sirop qui coule dans ma gargouane.
Tu es un plat fumant, diondion avec du riz,
des akras croustillants et des thazars bien frits.
Ma fringale d'amour te suit où que tu ailles.
Ta fesse est un boumba chargée de victuailles.


Terres Nouvelles
Rue du Fays, 55
4450 Lantin
N° compte :
BE98 2500 0829 4393
terres.nouvelles@gmail.com


Novembre 2017

Nouvelles de notre école à Grand Fond

Comme vous le savez, nous soutenons le développement d'une école dans une zone rurale, difficile d'accès et où le niveau de vie de la population est très, très pauvre.

Ce projet n'est pas facile à mener... en cause : la pauvreté, les difficultés de communication, l'envie bien légitime, même si « ça ne fait pas notre affaire » d'une partie de la population, surtout les jeunes, d'aller tenter sa chance ailleurs...c'est ainsi que notre coordinatrice de projet a décidé d'aller vivre aux Etats-Unis.

Heureusement, nous pouvons maintenant compter sur notre nouveau coordinateur, Gabuitho Dérival qui semble heureux et fier de collaborer avec Terres Nouvelles, sous la supervision, bien sûr, de notre partenaire sur place, le CidecHs.

Il nous a envoyé des nouvelles du projet en octobre et nous en promet d'autres fin novembre.

Le bâtiment du dépôt-cuisine est maintenant complètement terminé comme vous pouvez le voir sur la photo...Il nous reste maintenant à l'équiper du matériel nécessaire à la confection de repas (réchaud, casseroles, assiettes, couverts etc...) et à trouver une cuisinière responsable qui pourra, avec l'aide des parents, non seulement organiser le fonctionnement de la cuisine, mais également gérer l'approvisionnement difficile dans cette zone pauvre et isolée.

La rentrée s'est faite lentement : mi septembre, seule la moitié des enfants inscrits étaient présents parce que les parents n'avaient pas tous eu les moyens d'acheter ou de confectionner l'uniforme, obligatoire dans toutes les écoles en Haïti ; début octobre, ils étaient plus nombreux, surtout dans les « petites classes », les plus grands étant occupés au travail des champs avec leurs parents (ex : la classe maternelle compte 26 élèves contre 11 en troisième primaire) ; il y a équivalence de présence filles-garçons.

Il y a actuellement 5 professeurs et un gardien : les professeurs sont totalement démunis de matériel didactique et le gardien a fort à faire car la clôture végétale, faite essentiellement de cactus, tombe en ruine, ce qui fait que beaucoup d'étrangers à l'école, tant humains qu'animaux (cochons, cabris etc...) entrent librement dans la grande cour de l'école ! Le gardien et quelques parents ont placé une porte en tôle mais il va falloir trouver une solution pour le reste de la clôture, comme vous pouvez également le voir sur les photos.


Bref ! Les perspectives sont encourageantes : Gabuitho met en place des rencontres avec les parents, les responsables de l'école et les professeurs ; il élabore des documents de soutien et d'évaluation et recherche des moyens de développement sur place.

Mais ! Les besoins restent importants : matériel didactique, formation des professeurs, sécurisation des lieux et développement de la cantine.

Si nous sommes parfois découragés face à la lenteur du projet, nous sommes motivés à le développer « en prenant le temps qu'il faudra » !

Merci encore d'être là, présents, pour nous donner, par vos dons, une grande partie des moyens nécessaires.

Fassin S.


Nous vous proposons un texte, une réflexion, de Jérôme Duval. Nous avons décidé de le couper, ainsi vous aurez la suite dans nos prochains journaux.

Haïti : De la colonisation à l'esclavage économique

Finalement, les pays dits « en voie de développement » (PED) d'aujourd'hui remplacent les colonies d'hier : les grandes entreprises multinationales occidentales se placent dans les anciennes colonies, y investissent et en extorquent les ressources pour accumuler de faramineux profits qui s'évadent dans des paradis fiscaux appropriés. Tout cela se déroule sous le regard bienveillant des élites locales corrompues, avec l'appui des gouvernements du Nord et des
Institutions financières internationales (IFI) qui exigent le remboursement de dettes odieuses héritées de la colonisation. Par le levier de la dette et des politiques néocapitalistes imposées qui la conditionnent, les populations spoliées paient encore le crime colonial d'hier et les élites le
perpétuent subrepticement aujourd'hui, c'est ce qu'il est convenu d'appeler le néocolonialisme.

Pendant ce temps, hormis quelques tardives et bien trop rares reconnaissances des crimes commis, on se hâte d'organiser l'amnésie collective afin d'éviter tout débat sur de possibles réparations. Celles-ci, ouvrant la voie à des réclamations populaires, pourraient engager un devoir de mémoire émancipateur jusqu'à de possibles restitutions. Une perspective à étouffer avant qu'elle ne s'embrase ? La misère des pays colonisés s'est largement accrue en raison d'un transfert de dette : les dettes contractées par les puissances coloniales (Espagne, Portugal, Belgique, Angleterre, France, Pays-Bas...) auprès de la Banque mondiale pour rentabiliser au mieux leurs exploitations dans leurs colonies ont ensuite été transférées sans leur consentement aux pays colonisés qui accédaient à leur indépendance. Elles constituent un cas de dette odieuse, tout comme les dettes ultérieures contractées pour rembourser celles-ci

« Haïti continue à payer, au prix fort, les conséquences de sa naissance » Dans le cas d'Haïti, on en arrive même à faire payer le pays pour son accession à l'indépendance. À SaintDomingue (ancien nom d'Haïti), dans la nuit du 22 au 23 août 1791, 50 000 esclaves entrent simultanément en insurrection armée, impulsant un long processus qui amène à la première abolition de l'esclavage de toute l'histoire, le 29 août 1793, et à la proclamation de l'indépendance. Saint-Domingue, récupérant alors le nom d'Haïti, devient la première république noire indépendante en 1804, cas unique dans l'histoire d'une révolte d'esclaves qui ait accouché d'un État.

La France n'a sans doute jamais pardonné cette insurrection, « y compris la perte des revenus de son système esclavagiste : 800 plantations de sucre détruites, 3 000 plantations de café perdues » . Haïti le paie très cher : En 1825, le pays est contraint de payer à la France 150 millions de francs or destinés à « indemniser » les anciens colons maîtres d'esclaves pour perte « de propriété », en échange de la reconnaissance de son existence en tant qu'État-nation. La dette historique est imposée sous la menace d'invasion militaire : d'anciens propriétaires d'esclaves et de terres persuadent le roi français Charles X de lancer une équipée militaire sur Saint-Domingue, et le 17 avril 1825, une flotte de 14 navires de guerre était massée dans la rade de Port-auPrince, prête à intervenir. Une menace qui laisse entrevoir une possible restauration de l'esclavage par Charles X. Cette rançon extorquée au peuple haïtien, même si elle fut renégociée treize ans plus tard, en 1838, à 90 millions suite à un accord scandaleusement nommé « Traité de l'amitié », n'en constitue pas moins une dette pour avoir « osé » accéder à l'indépendance.  " Pour mettre en perspective le coût et la valeur de cette dette indigne : en 1803 la France a accepté de vendre le territoire de la Louisiane aux États-Unis, une zone 74 fois la taille d'Haïti, pour 60 millions de francs-or, beaucoup moins que le montant de la dette réclamé par la France"

Suite....

Haïti qui a lutté de longues années pour s'émanciper de la tutelle française et s'affranchir de l'esclavage est ainsi forcé à payer doublement et de manière illégitime ses anciens colons pour accéder à sa liberté et son indépendance, par le tribut de l'esclavage et la rançon. Haïti paiera cette rançon odieuse, qui a fait ployer des générations d'Haïtiens sous le poids d'une dette illégitime, de 1825 à 1883, lorsque le dernier terme fut collecté par la Caisse des dépôts (banque d'État, qui existe encore aujourd'hui) qui la reverse ensuite, en partie, aux anciens colons ou leurs descendants (certains colons étaient morts, tandis que d'autres n'ont pu prouver qu'ils avaient été propriétaires). Pour Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des
associations noires (CRAN), « l'argent doit revenir à l'État haïtien et à la société civile haïtienne. L'heure est venue de réparer cette double peine subie par l'île, l'esclavage puis la rançon. Le dénuement d'Haïti est dû au paiement de ces 90 millions de francs or qui ont obligé le pays à s'endetter sur des décennies. »

Ni excuse, ni pardon, ni réparation, ni restitution. Imperturbable, la France rançonne le peuple En avril 2003, à l'occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint-Louverture, le président Jean-Bertrand Aristide affirme que c'est la France qui a une dette envers Haïti et non l'inverse. Il demande « restitution et réparation » pour les dommages commis par l'esclavage et pour la rançon exigée en 1825 pour la reconnaissance de l'indépendance de l'île. Il réclame à la France 21 milliards de dollars (21 685 135 571,48 dollars), soit la valeur capitalisée des 90 millions de francs or payés comme tribut. En effet, en tenant compte de l'inflation ainsi que d'un taux d'intérêt minimal, certains mouvements sociaux estiment que cette somme pourrait dépasser les 21 milliards de dollars US estimés en 2003. Mais après l'intervention politique et militaire franco-étatsunienne qui a abouti au renversement d'Aristide en février 2004, le régime de facto de Gérard Latortue abandonne la réclamation de la restitution à la France qu'il qualifie d'"illégale". 

Depuis qu'Haïti existe, les Haïtiens n'avaient jamais vu chez eux un président de la République française. Il faudra attendre le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a provoqué la mort d'au moins 250 000 personnes et laissé près de 1,3 million de sans abris, pour qu'un président français se décide à fouler le territoire de son ancienne colonie pour la première fois depuis l'indépendance de l'île en 1804. En effet, après avoir laissé s'écouler un peu plus d'un mois suite au séisme, Nicolas Sarkozy effectue finalement une visite éclair d'à peine quatre heures le 17 février. Survol des dégâts de Port-au-Prince en hélicoptère, réunion et conférence de presse. C'est l'occasion de faire l'apologie du secteur privé français en rendant hommage à Suez et Veolia qui « ont réparé des conduites d'eau » ou d'EDF qui a « rétabli l'éclairage public au Champ-de-mars » près de l'ambassade de France. Et, pour la couverture médiatique, d'annoncer quelques 326 millions d'euros d'aide. Bien évidemment, il faut faire la part des choses et de cette somme, 56 millions ne seront pas mobilisés, puisqu'il s'agit d'effacement comptable auprès du Club de Paris de la dette bilatérale que l'île a contractée vis-à-vis de la France. La généreuse déclaration d'effacement de la dette brandie par Sarkozy comme réponse à la catastrophe post-séisme n'annonce pourtant rien de nouveau. Cette décision date en fait de juillet 2009, après qu'Haïti a atteint le point d'achèvement de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (initiative PPTE renforcée) le 30 juin 2009. De son côté, la Banque mondiale n'annule pas le remboursement de 38 millions de dollars, mais ne fait que le suspendre pour cinq ans. De son côté, le Fonds monétaire international a décidé d'octroyer une « aide » de 100 millions de dollars sous forme de... prêt, certes sans intérêts, mais qu'il faudra bien rembourser.

Nous sommes bien loin des 21 milliards de dollars réclamés par Aristide et les mouvements sociaux, tel la Plateforme haïtienne, de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA). Encore une fois, l'État français a raté une bonne occasion de briser l'omertà en termes de restitution et réparation pour les dommages commis. Rien, hormis les effets d'annonce des vendeurs d'illusions empêtrés dans leurs promesses. On préfère appeler la population à faire œuvre de charité et oublier les questions qui dérangent le passé.

A suivre...


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